Face à notre
vision -- qui se nourrit de toutes les sensations annexes, s’accroît
sous le poids des odeurs, du froid ou de la chaleur, de tout
ce qui continue les conditions du visible --, l’image
fixe, cadrée, bornant le regard, est loin de restituer
toute l’étendue du moment du regard.
Arrêtant
le temps, l’image fige également l’espace,
le restreint, ne tient plus compte de ce qui entoure le regard,
et, même si sa magie consiste précisément
à convoquer tout ce qui est comme laissé de côté,
cette image ne constitue au mieux qu’une image parcellaire,
lacunaire. Chaque image n’est alors plus qu’une
«note», comme en prendrait un écrivain qui
décrit non le «soi» mais ses «expériences
en tant que corps».
En associant ces
«images-notes», c’est le corps et son flot
de sensations qui reviennent à la surface afin de restituer
l’instant dans sa globalité, dans toute sa dimension,
et de donner, à celui qui regarde ces fragments, l’ambiance
du regard d’origine, reconstituant la durée, recréant
les sensations qui étaient à la source des images.